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vendredi 25 septembre 2026

Ariodante de Haendel à Beaune

© Ars Essentia/Festival de Beaune. Marie Lys (Ginevra), Eve-Maud Hubeaux (Ariodante). 

 

Splendeurs et misères d’une princesse écossaise

De l’avis général, Ariodante HWV 33, est un des plus beaux opéras de Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Le livret, une adaptation d’un auteur inconnu, de Ginevra, principessa di Scozia d’Antonio Salvi (1664-1724), est un des plus réussis que le Saxon eut entre ses mains avec trois actes parfaitement équilibrés sans le moindre temps mort. 


Le premier acte globalement joyeux évolue dans une ambience pastorale et festive. Le drame éclate dès le début de l’acte II ; Ariodante, du fait d’une odieuse manoeuvre du traitre Polinesso, duc d’Albany et de la duplicité de Dalinda, croit voir sa promise Ginevra dans les bras du duc ; le valeureux chevalier est désormais dans l’oeil du cyclone, il disparait et tente de se suicider. A l’acte III, Ginevra clame en vain son innocence et est sous la menace d’être bannie du royaume par le roi d’Ecosse, son père. La vérité finit par triompher et Ginevra retrouve son rang et son fiancé. 


Une des particularités de ce livret est d’offrir un pentagone amoureux : Lurcanio aime Dalinda qui aime Polinesso qui aime Ginevra qui aime Ariodante. Seul l’amour de Ginevra pour Ariodante est payé de retour, les autres passions sont à sens unique, ce qui entraine des péripéties agitées pour les protagonistes. Après avoir été boudé un certain temps, Ariodante est devenu un des opéras de Haendel les plus joués ; en témoignent les nombreuses chroniques parues dans BaroquiadeS dont nous ne citons ici que les trois dernières (1-3) ainsi que de pertinentes analyses d’Olivier Rouvière (4) et de Piotr Kaminski (5).


© Ars Essentia/Festival de Beaune. Eve-Maud Hubeaux (Ariodante).

C’est une version condensée d’Ariodante que le public du 41ème festival international de musique baroque de Beaune eut le plaisir d’écouter. En effet, il fallait que tout soit terminé avant minuit et de ce fait le spectacle ne pouvait dépasser les trois heures, entracte de 30 minutes compris. De ce fait les ballets et les choeurs disparurent et plusieurs airs avec da capo furent coupés. En fait ces derniers ayant la structure ternaire ABA’, les parties B et A’ (da capo) furent donc supprimées (6). Une autre solution eût été que l’on réduisît le nombre d’airs mais que les artistes les chantassent intégralement. Chaque solution avait ses avantages et ses inconvénients. Celle adoptée par les producteurs du spectacle permettait de préserver la lisibilité et la continuité dramatique de l’oeuvre. De ce fait cette version abrégée était très fluide et s’écoutait avec grand plaisir.


Christophe Rousset a fait appel à un plateau vocal essentiellement féminin. Les rôles masculins d’Ariodante et de Polinesso sont ici chantés par des femmes. On ne s’en plaint pas quand Eve-Maud Hubeaux et Margherita Maria Sala respectivement en sont les attributaires. A la première nommée étaient confiés les plus beaux airs de la partition et notamment la célébrissime aria di disperazione en sol mineur (II.3) : Scherza infida. La mezzo genevoise a pu faire briller toutes les facettes de son art dans cette lente déploration accompagnée par les thrènes funèbres du basson et des violons avec sourdines qui anticipaient étrangement certains accents du Requiem de Mozart. Le timbre de la voix est riche et  charnu, les aigus sont d’un superbe métal et les graves, amples et expressifs. L’aria avec coloratures en ré majeur (III.9), Dopo notte atra e funesta, a été écrite sur mesure pour le castrat Giovanni Carestini. Cette flamboyante aria di paragone aux sensationnelles acrobaties, utilise la métaphore de la barque que la tempête a failli engloutir mais qui entre dans le port et touche le rivage. La mezzo nous a enchantés avec des coloratures à couper le souffle d’une précision millimétrée. Les vocalises et les mélismes étaient parfaitement détachés, sans la moindre dureté, jamais savonnés en tous cas ; la virtuosité jamais gratuite était au service du sentiment et de l'expression. Cet air, le plus complexe de la partition du fait de sa structure AA’BA1A’1 n’a pas été coupé.


© Ars Essentia/Festival de Beaune. Christophe Rousset, Margherita Maria Sala (Polinesso).

A Polinesso, duc d’Albany, est attaché le nom de Christophe Dumaux qui très souvent interpréta ce rôle. Margherita Maria Sala avait la redoutable tâche de reprendre le flambeau. Sa prestation nous a enchantés dès le départ notamment dans ce chef-d’oeuvre qu’est l’air en fa majeur : Spero, spero per voi, si, si, o begli occhi in questo di (I.9). Pendant qu’elle chante cette langoureuse mélodie dans laquelle je détecte des accents écossais, l’orchestre joue pianissimo des rythmes pointés en imitations aux violons et aux basses qui semblent se moquer des propos enflammés du vil séducteur. Hélas cet air ravissant, si joliment instrumenté a été coupé. Malgré ça, la contralto italienne a pu quand même donner un magnifique échantillon de son grand art avec un medium chaleureux et des graves somptueux. La noirceur du duc d’Albany explosait dans l’air en la mineur (II.5) : Se l’inganno sortisce felice, io detesto per sempre virtu, une démonstration de duplicité, de cynisme, de malignité ; la contralto en donnait une impressionnante lecture avec beaucoup d’énergie et de vélocité et d’extraordinaires vocalises en triolets de doubles croches.


© Ars Essentia/Festival de Beaune. Marie Lys (Ginevra)

Ginevra est une héroïne haendelienne très attachante ; moins combative que Rodelinda ou bien Alcina mais tout aussi émouvante, elle fait face à l’adversité avec beaucoup de courage. Le rôle de Ginevra est probablement un des plus lourds de l’opéra avec huit airs, ariosos et duos dont certains très exigeants. La soprano Marie Lys a ébloui l’assistance avec, au premier acte, le délicieux duo d’amour en fa majeur entre Ginevra et Ariodante, Se rinasce nel mio cor (I.13). Le désespoir de Ginevra éclate dans un autre sommet de la partition, l’air en mi mineur (II.10), il mio crudel martoro, sorte de marche funèbre où la soprano se montre bouleversante. Cet air est précédé par un récitatif accompagné où la soprano hurle sa douleur devant Dalinda :  A me impudica (Moi, impudique !), climax émotionnel de l’opéra. Toutes les interventions de Marie Lys témoignaient de sa technique vocale accomplie, de son art de gérer avec justesse et pudeur les affects variés qui submergent son héroïne.


© Ars Essentia/Festival de Beaune. Michèle Bréant (Dalinda)

Loin d’être un personnage secondaire, Dalinda  joue un rôle essentiel dans le développement de l’intrigue. Contrairement aux autres protagonistes aux motivations bien carrées, Dalinda est un personnage complexe et un peu trouble. Son amour pour Polinesso l’aveugle au point de ne pas se rendre compte de l’énormité de ses actes. On en vient à penser qu’elle n’est pas aussi innocente que ça et qu’elle n’est pas trop fâchée de causer du tort à Ginevra, sa rivale dans le coeur - ou ce qui en tient lieu - du duc d’Albany. Michèle Bréant a accompli une remarquable prestation : intonation impeccable, ductilité d’une voix souple capable de triompher de toutes les difficultés de la partition et notamment des belles coloratures de son aria en si bémol majeur : Il primo ardor (I.11). A l’acte II, elle chante délicieusement une troublante sicilienne en mi mineur (II.4) : Se tanto piace il cor, où la jeune fille s’inquiète avec raison de la froideur de Polinesso. En tous cas, elle jouait à la perfection son rôle de sainte nitouche avec même un soupçon de perversité tout à fait approprié. Cette jeune soprano est pour nous, la révélation de la soirée. 


Nick Pritchard campait le personnage de Lurcanio, frère d’Ariodante et amoureux de Dalinda. Il exprimait d’une voix très suave son amour juvénile dans un très bel air en mi mineur (I.10) : Del mio sol, vezzosi rai. Il profère ensuite des accusations accablantes sur Ginevra auprès du roi dans un air plein de bruit et de fureur en sol majeur (II.8) : Il tuo sangue ed il tuo zelo où le ténor britannique montre son prodigieux talent dans les ébouriffantes vocalises de cet air redoutable.


© Ars Essentia/Festival de Beaune. Nick Pritchard (Lurcanio)

Le roi d’Ecosse, visiblement dépassé par la situation et ayant du mal à démêler le vrai du faux, n’a vraiment pas le beau rôle. Nahuel di Pierro (basse) lui a toutefois donné grandeur et dignité mais également humanité dans un très bel air en fa majeur avec deux cors, deux hautbois obligés et une partie de violon solo acrobatique : Voli colla sua tromba (I.7). Le medium et les aigus du chanteur argentin sont puissants tandis que les graves sont parfaitement assurés et donnent une base solide à un chant au légato parfait qui se déploie avec la majesté requise et une élégance royale. 


La perfection est le seul terme capable d’exprimer la qualité de l’orchestre des Talens lyriques. A titre d’exemple nous avons vibré à l’écoute du prélude qui ouvre l’acte II. Ce sublime morceau, malheureusement trop court, fut exécuté avec un luxe de nuances et une intensité rare. Comment ne pas penser à l’admirable introduction qui ouvre la symphonie n° 6 Le Matin de Joseph Haydn (1732-1809), composée un quart de siècle plus tard ? (7).


En tout état de cause, nous avons passé une excellente soirée grâce au cadre exceptionnel des Hospices de Beaune, au talent merveilleux des cantatrices et des chanteurs, à l’excellence de l’orchestre des Talens lyriques et à la direction lumineuse de leur chef Christophe Rousset qui sublime ce répertoire chaque fois qu’il s’en empare (8).



  1.  https://baroquiades.com/ariodante-haendel-pichon-garnier-2025/ 
  2.  https://baroquiades.com/ariodante-haendel-sardelli-martina-franca-2024/
  3.  https://baroquiades.com/ariodante-haendel-christie-dijon-2023/
  4.  Olivier Rouvière. Les opéras de Haendel. Un vade mecum. Van Dieren Editeur, Paris, 2021, pp  268-275.
  5. Piotr Kaminski. Haendel, Purcell et le baroque à Londres. Le livre de poche. Fayard, 2010, pp 202-7.
  6. Isabelle Moindrot, L'opéra seria ou le règne des castrats, Fayard, 1993, pp 123-127.
  7. Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard 1988, pp 830-6.
  8. Cet article est une extension d’une chronique publiée dans Baroquiades à la suite de l’exécution de l’oeuvre le 4 juillet 2026 (référence 3).



Détails


Lieu : 41ème festival international d’opéra baroque de Beaune. Cour de l’Hôtel Dieu


Programme

Ariodante (HWV 33), dramma per musica en trois actes de Georg Friedrich Haendel (1685-1759), sur un livret adapté d’Antonio Salvi (1664-1759), inspiré de l’Arioste, créé le 8 janvier 1735 au théâtre de Covent Garden de Londres.

Distribution

Eve-Maud Hubeaux, Ariodante ; Marie Lys, Ginevra ; Margherita Maria Sala, Polinesso ; Michèle Bréant, Dalinda ; Nick Pritchard, Lurcanio ; Nahuel Di Pierro, Le roi d’Ecosse.

Les Talens lyriques, Christophe Rousset, Direction musicale.

Gilone Gaubert, Minori Deguchi, Josépha Jégard, Giorgia Simbula, Pierre-Eric Nimylowycz, Violons I

Benjamin Chénier, Bérengère Maillard, Charlotte Grattard, Yuki Koike, Jean-Marc Haddad, Violons II

Stefano Marcocchi, Lucia Peralta, Marco Massera, Altos

Emmanuel Jacques, Pauline Lacambra, Keiko Gomi, Violoncelles, 

Ludek Brany, Contrebasse

Georges Barthel, Anastasia Fedchenko, Flûtes

Vincent Blanchard, Luc Marchal, Hautbois

Josep Casadellà, Basson

Georg Köhler, Yannick Maillet, Cors

Continuo

Emmanuel Jacques, Violoncelle ; Yuli Bayeul, Luth ; Korneel Bernolet, Clavecin


















mardi 23 septembre 2025

Aroma di Roma - Marie Lys et Les Talens Lyriques



 

© photo Ars-essentia  Marie Lys

Aroma di Roma

Sur près de cent cinquante cantates italiennes composées par Georg Friedrich Haendel (1685-1759), un faible nombre d’entre elles nous est parvenu. Ces cantates ont été écrites principalement pour le marquis Francesco Maria Ruspoli (1672-1731), lors du séjour italien (1706-1710) du compositeur saxon. Le lecteur intéressé par le sujet pourra consulter deux articles (1,2), un livre (3) et une chronique sur ce dernier (4).


Oeuvres de jeunesse, composées dès l’âge de 22 ans, les cantates profanes sont des œuvres de grande qualité, révélant pleinement le génie du compositeur saxon. Haendel devait être très attaché à ces oeuvres car elles constituèrent un vivier dans lequel il puisera toute sa vie. On retrouvera en effet les airs de ses cantates plus ou moins modifiés dans ses œuvres futures : opéras, pasticcios ou oratorios. Les cantates profanes ont l’intérêt d’être des marqueurs de l’évolution stylistique du compositeur saxon au cours de son séjour italien. Elles reflètent aussi les nombreuses influences qu’exercèrent sur lui de nombreux musiciens italiens contemporains et tout particulièrement Alessandro Scarlatti (1660-1725) et son fils Domenico Scarlatti (1685-1757) avec lequel le jeune Haendel noua une amitié durable.


© photo Christine Vuagniaux.  Christophe Rousset, Benjamin Chénier, Gilone Gaubert, Marie Lys, Emmanuel Jacques

La cantate Notte placida e cheta (Nuit calme et silencieuse) HWV 142 a été composée en 1708. Sous une apparence paisible, cette cantate dévoile progressivement les tourments qui agitent le personnage principal, un amant, qui, languissant pour sa chère Phyllis, traverse toute sorte d’affects : déprime, optimisme, anxiété, espor. Il croit que ses désirs sont enfin satisfaits mais ce n’était qu’un rêve et il est rattrappé par la cruelle réalité. Le premier air débute par de jolies arabesques des deux violonistes Gilone Gaubert et Benjamin Chénier, Marie Lys fait valoir son élégante ligne de chant et son légato harmonieux. La mélodie se complexifie et donne l’occasion à la chanteuse d’orner le chant de magnifiques vocalises, admirablement articulées. On remarque aussi un air dans le mode mineur de forme da capo, Luci belle (charmants yeux étoilés), dans lequel les ritournelles qui séparent les sections consistent en un chant magnifique du violoncelle d’Emmanuel Jacques. Une étrange fugue vient rappeler que la vie n’est qu’un songe. La fugue se déroule régulièrement et la voix de l’amant occupe dans le quatuor la place d’un alto au service unique de la polyphonie. Haendel voulait-il montrer aux italiens sa maitrise du contrepoint ou bien subissait-il l’influence d’Alessandro Scarlatti, qui dans ses Cantate da camera aurait pu impressionner le Saxon par la rigueur, voire la sévérité de son écriture ?


© photo Ars-essentia.  Marie Lys

Son qual stanco pellegrino… (Je suis tel ce pèlerin fatigué…) est une aria tirée de l’opéra seria Arianna in Creta, HWV 32 datant de 1734. C’est une aria di paragone (paragone = métaphore, comparaison) typique dans laquelle le protagoniste, en l’occurence Alceste, chanté par le castrat-sopraniste Carlo Scalzi lors de la création de l’opéra, se compare à un pèlerin, qui a perdu son chemin. Cet air est en fait un duo à deux parties égales, soprano - violoncelle. Le violoncelle dialogue constamment avec la voix et joue la mélodie principale des ritournelles qui séparent les cinq sections de cet aria da capo très développée de structure AA1BA’A’1. Avec la voix large et ample de Marie Lys, ses aigus très purs et son merveilleux legato, le meilleur du bel canto était ainsi offert au public. Au violoncelle, Emmanuel Jacques ravissait par la beauté du son. Une émotion intense se dégageait de toutes ces mélodies planantes. On ne pouvait rêver d’une plus belle euphonie entre deux « instruments » faits l’un pour l’autre. 


La date de composition de la cantate Agrippina condotta a morire HWV 110 n’est pas connue avec certitude. Malgré ses vastes dimensions, elle s’écarte résolument de l’opéra seria dont les règles venaient d’être fixées vers 1700, du fait de sa fin tragique. Elle débute en sol mineur par une aria di furore typique dans laquelle l’héroïne demande aux éléments de se déchainer à l’instant de sa mort. Les vocalises périlleuses étaient parfaitement maîtrisées par la chanteuse. Dans le deuxième air, de forme da capo, dans le mode majeur, l’héroïne exige de Jupiter qu’il foudroie l’auteur de ses tourments. Le thème principal, répété maintes fois par les cordes est parsemé d’âpres dissonances et de traits heurtés. Ensuite une suite de récitatifs accompagnés et d’ébauches d’airs reflètent le délire d’une mère déchirée entre une haine meurtrière pour son fils et l’amour maternel. Ce passage assuré avec un engagement intense et un magnifique investissement vocal par Marie Lys, me semble anticiper la scène de la Folie dans Orlando (1733). Un récitatif accompagné débouche sur un dernier air en forme de fugue dans lequel la condamnée à mort presse le bourreau d’accomplir sa tâche. Quelques mots bouleversants de récitatif murmurés et c’est tout, une fin saisissante qui surpasse en noirceur des déchainements de violence trop prévisibles.


© photo Ars-essentia.   Gilone Gaubert et Benjamin Chénier

Les sonates en trio (ici deux violons concertants et le continuo) ont circulé librement sous forme de manuscrits pendant de nombreuses années et ce n’est qu’en 1739 qu’elles seront publiées par l’éditeur John Walsh avec l’accord de Haendel. Leur date de composition est inconnue et certaines auraient pu être écrites pendant le séjour du Saxon en Italie sous l’influence d’Arcangelo Corelli ( 1653-1713). 


La sonate en trio opus 2 n° 1 en si mineur HWV 386b débute avec une merveilleuse mélodie, andante, chantée par le premier violon (Gilone Gaubert) sur une admirable basse descendante (Emmanuel Jacques). Dans la deuxième partie, le thème est très joliment orné. Le deuxième mouvement, allegro débute par des entrées canoniques du premier, du second violon (Benjamin Chénier) et du violoncelle. La coda très énergique sur une pédale de basse, a un caractère passionné. L’adagio, un chant très ornementé du premier violon de caractère italien, pourrait illustrer une scène du sommeil dans un opéra seria. Un allegro 3/8 à l’allure de gigue  conclut l’oeuvre.


Trois mouvements sur les cinq que compte la sonate en trio opus 5 n° 4 en sol majeur HWV 399, ont été exécutés. L’oeuvre débute comme une ouverture à la française avec un mouvement en rythmes pointés très marqués de caractère brillant. L’allegro qui suit est léger et guilleret malgré quelques incursions dans le mode mineur. Une belle passacaille sur une basse obstinée descendante sert de conclusion à l’oeuvre ; elle débute d’abord en valeurs longues, les croches succèdent aux noires, puis les doubles croches permettent aux instrumentistes de montrer leur virtuosité d’où une impression de vitesse alors que le tempo est rigoureusement le même. Plusieurs variations mineures apportent une touche de mélancolie. L’auditoire était subjugué par la sonorité pleine et profonde produite dans cette oeuvre par le clavecin de Christophe Rousset et les trois instruments à cordes.


En bis, les artistes ont ravi le public d’un air célèbre de Cleopatra tirée de Giulio Cesare.  


© photo Ars-essentia  La chapelle des Jacobins

Dans une chapelle des Jacobins, joyau médiéval à l’acoustique remarquable, Marie Lys a livré une prestation vocale éblouissante tandis que les musiciens des Talens Lyriques lui offraient un partenariat de rêve. En une heure et demi de bonheur absolu, chanteuse et instrumentistes ont parcouru et partagé avec le public toute la gamme des émotions et des affects.


(1) https://baroquiades.com/cantates-italiennes-haendel-haim-erato/

(2) https://baroquiades.com/aminta-e-fillide-haendel-petrou-goettingen-2022/

(3) Olivier Rouvière, Les opéras de Haendel, un vade mecum, van Dieren, Paris, 2021.

(4) Véronique Du Moulin https://baroquiades.com/operas-de-haendel-rouviere-van-dieren/

(5) Cet article est une extension d'une chronique antérieure : https://baroquiades.com/aroma-di-roma-marie-lys-beaune-2025/



Détails


Date

7 juillet 2025

Lieu

Chapelle des Jacobins, Beaune. Concert donné dans le cadre du XLIII Festival International d’Opéra Baroque de Beaune.

Programme

Notte placida e cheta HWV 142 (1708) - cantate

Sonate en trio opus 2 n° 1 en si mineur, HWV 386b (1733)

Arianna in Creta, HWV 32 (1734), Son qual stanco pellegrino.

Sonate en trio, opus 5, n° 4, en sol majeur, HWV 399 (1733), extraits

Agrippina condotta a morire, HWV 110 (ca 1707 - 1709) - cantate

Distribution

Marie Lys, Soprano

Les Talens Lyriques

Gilone Gaubert, Violon

Benjamin Chénier, Violon

Emmanuel Jacques, Violoncelle

Christophe Rousset, Clavecin et Direction.