samedi 20 septembre 2014

La Terre Mourante (The Dying Earth) par Jack Vance

La Terre Mourante 

Structure .
Ce roman comporte 4 volets : Un Monde Magique (The Dying Earth), un prologue, publié en 1950.
Cugel l'astucieux (The eyes of the overworld), six nouvelles, publiées en 1965.
Cugel saga (Cugel saga), onze nouvelles, publiées en 1983.
Rhialto le Merveilleux (Rhialto the marvelous), l'épilogue de cette saga, publié en 1985.

Le décor
Il est décrit dans le premier volet et précisé dans les trois suivants. Dans un avenir incommensurablement lointain, le soleil, en voie d'extinction, diffuse une lumière rouge crépusculaire. Chaque soir, il se traine sur l'horizon comme un vieillard vers son lit de mort. La science a disparu et a été remplacée par la magie. Cette dernière qui fut florissante aux dix septième ème éon, est manipulée avec maladresse et circonspection au vingt et unième éon par des magiciens qui ne comprennent plus ce qu'ils font. Dans un monde sans technologie, les voies de communications ont disparu ainsi que les moyens de transport, les habitants se sont repliés sur eux-mêmes pour former des communautés de plus en plus éloignées les unes des autres et de plus en plus différenciées. Un inquiétant bestiaire hante les espaces déserts.

Les personnages.
Cugel est le personnage titre des volets 2 et 3. Armé de sa seule épée, il arpente du nord au sud (et involontairement du sud au nord) une vaste contrée. Ce n'est pas toutefois le héros typique de l'Heroic Fantasy (1), il ne cherche pas à délivrer une belle princesse dans un donjon ni se mettre au service d'une noble cause. Il tente tout simplement de rentrer chez lui, et de survivre dans un monde effrayant et extrêmement dangereux. Pour cela tous les moyens sont bons : il ment, il trahit et il vole. Totalement amoral, il n'a ni foi ni loi. Il n'a aucun égard pour les femmes qui le lui rendent bien.

Le bestiaire.
Une faune inquiétante pullule : goules, déodandes, pelgranes,... parmi eux, semble-t-il, des hybrides d'humains avec d'autres espèces (reptiles, guêpes, rats...). Avides de chair humaine, ces monstres inspirent une terreur panique à qui les trouve sur son chemin. Leur origine est mystérieuse : manipulations génétiques, erreurs de magiciens jouant les apprentis sorciers, extraterrestres ? Des êtres mystérieux : démons, démiurges..., détenteurs jadis d'une formidable puissance mais déchus au moment où se déroule l'action, sont évoqués, toutefois ils n'apparaissent jamais physiquement...

Les magiciens.
Décrits principalement dans le dernier volet de la série, Rhialto le merveilleux. Leur apogée se situe vers le 17ème éon. Leur puissance est alors incommensurable, maîtres de l'espace et du temps, ils inventent des machines (antigravitationnelles ?) qui leur permettent de conquérir l'univers...Ce savoir est progressivement oublié et les magiciens des derniers temps comme Rhialto sont de pâles répliques de leurs glorieux ancêtres. Ils se contentent de rabacher des recettes dépourvues de substance. Iucounu, le magicien rieur, avec qui Cugel aura fort à faire, a plus de personnalité et aspire à retrouver la grandeur de ses prédécesseurs. Dans un effort ultime de s'approprier le pouvoir des anciens dieux, il échoue lamentablement.

Le style.
Jack Vance (1916-2013) est un écrivain éclectique, il a abordé plusieurs genres littéraires : science-fiction, héroïc fantasy (1), roman policier. On retrouve dans tous ses écrits, sous-tendus par une vaste culture, les mêmes qualités : concision, clarté, imagination, un ton détaché et distancié et un humour discret (2). Il évite un défaut courant dans la littérature fantastique, une outrance qui rend les situations et les personnages invraisemblables. Ici l'irruption du surnaturel est mesurée, parfois explicable rationnellement ou par le biais de connaissances non révélées au lecteur. Le fantastique est également enrobé d'une aura poétique qui le rend concevable. De ce fait, les personnages et les situations sont crédibles et que l'on peut sans difficulté s'identifier à eux. Le ton général est sceptique et désabusé. N'attendez pas de conclusions flamboyantes typiques de l'Heroic Fantasy, les chutes sont généralement inattendues et surprenantes.


  1. Heroic Fantasy. Ce genre décrit un futur ou un passé lointains sur terre ou un monde imaginaire en y introduisant une dimension  surnaturelle. Les grands mythes de l'humanité, voire des concepts philosophiques, y sont explorés. L'anneau des Nibelungen de Richard Wagner en est l'exemple le plus glorieux. Plus tard Le Seigneur des anneaux de J.R. Tolkien explore les mêmes pistes. Voir également: http://fr.wikipedia.org/wiki/Heroic_fantasy
  2. Dans La Terre Mourante, on trouve la plupart des thèmes Vanciens nonobstant la religion et la politique. Pour en savoir plus sur ces deux derniers thèmes chers à l'auteur, il faut lire La geste des Princes Démons, série de cinq romans où ces idées sont développées de façon subtile et inattendue.


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