samedi 4 octobre 2014

Le Chant Populaire Napolitain

Naples. Jardin du cloître de Santa Chiara
                              
L'influence du chant traditionnel napolitain sur l'opéra bouffe napolitain du 18ème siècle (Giovanni Batista Pergolèse, Nicolà Piccinni, Giovanni Paisiello, Domenico Cimarosa ...) est souvent mentionnée. Il m'a semblé intéressant de faire un modeste exposé sur la chanson napolitaine, basé essentiellement sur l'écoute d'environ 300 chants. Le lecteur qui veut en savoir plus sur le sujet peut consulter l'article de Secondulfo et Secondulfo (en italien) La Canzone Napoletana dai Cantastorie ad Oggi (La chanson napolitaine des chanteurs ambulants jusqu'à aujourd'hui) (1). Les textes des chansons citées plus bas peuvent être lus dans la langue régionale d'origine (2).

Ce texte comporte cinq parties:
1. Des origines au milieu du 19ème siècle.
2. L'âge d'or (1880-1914)
3. L'entre-deux guerres.
4. Les temps modernes (de 1945 à nos jours).
5. Discographie.

1. Des origines au milieu du 19ème siècle.
A l'origine, le chant traditionnel napolitain dont les textes étaient des récits épiques, était transmis oralement par les chanteurs ambulants (cantastorie). De ce fait les chants anciens sont très difficiles à dater d'autant plus qu'ils peuvent réapparaitre plusieurs décennies plus tard avec des paroles ou des harmonisations différentes. Parallèllement la villanelle, genre plus populaire, se développe sous forme de petites compositions à plusieurs voix de forme strophique.

Une des plus anciennes chanson napolitaine qui nous soit parvenue Jesce sole (lève toi soleil) serait datée autour de 1200. Au 16ème siècle, le peintre-poète Salvator Rosa a écrit les paroles et la musique de Michelemma où il est question d'une jeune femme (Michela mia) née au milieu de la mer pendant une attaque de pirates.
Du 17ème ou du 18ème siècle datent une série de magnifiques sérénades anonymes ayant la fenêtre comme point commun: Fenesta cu a nova gelosia (fenêtre avec une nouvelle jalousie), Fenesta vascia (fenêtre basse) et l'inoubliable Fenesta ca lucive (fenêtre qui luit) qui peut-être inspira Vincenzo Bellini dans la Somnambule.
Un autre chant célèbre:Lu Guarracino, dont les 19 strophes décrivent les amours d'un guarracino (poisson de la baie de Naples) et d'une sardine ainsi que les péripéties agitées de cette union, dans un vocabulaire ichtyologique réjouissant, date du milieu du 18ème siècle.
L'admirable Serenate de Pulecenelle, composée par Giovanni Paisiello, figure dans ses opéras "Pulcinella vendicato" et "l'Osteria di Marechiaro" (au plus tard 1770) ainsi que dans "l'Italiana in Londra" de Domenico Cimarosa (1779).

I' te voglio bene assaje... (je t'aime passionnément) est daté 1837, le texte est de Raffaele Sacco et la musique attribuée à Donizetti; de la même époque date Lu cardillo (Le chardonneret). Ces deux très beaux chants sont assez ironiques, surtout le second qui décrit un individu plutôt voyeur élèvant un chardonneret pour espionner sa belle. Les musiques de ces deux chants se gravent immédiatement dans la mémoire.
Quelques années plus tard seront composées 3 chants emblématiques: Santa Lucia (T. Cottrau, 1856), O Sole mio (G.Capurro, E. di Capua) et Funiculi funicula (P.Turco, L.Denza, 1880) qui feront le tour du monde.


2. L'age d'or (1880-1914)

Parmi les facteurs qui stimulèrent la création artistique, signalons l'intervention de poètes talentueux parmi les meilleurs de la péninsule et de bons musiciens. De façon très marginale mais hautement significative, Gabriele D'Annunzio (1863-1938) signa avec F.P.Tosti un chef d'oeuvre miniature A vuchella (la petite bouche, 1907). D'autre part le poète et écrivain Salvatore di Giacomo (1860-1934) réalisa une oeuvre immense comprenant plus de 500 textes de chansons. Dans cette entreprise il collabora avec de nombreux musiciens dont P.M. Costa avec qui il signa de véritables merveilles: Era de maggio (C'était au mois de mai, 1885), La luna nova (1887), Serenata napulitana (1897), Marechiaro (petit port de pêche voisin de Naples, 1894). Dans 'E spingule francese (les épingles à nourrice) (S. Di Giacomo, E. De Leva, 1888), un marchand ambulant propose, à la cliente qui l'accueille, ses épingles pour trois à quatre baisers.... On notera la parenté spirituelle unissant Era de maggio avec la chanson française, Le Temps des cerises à peu près contemporaine (1869) ainsi que la magnifique mélodie de La luna nova. Dans ces oeuvres le caractère populaire cède le pas à un genre plus sophistiqué se rapprochant de la mélodie classique ou du Lied avec accompagnement de piano ou guitare.

On peut retrouver une veine plus populaire dans le café chantant très prisé par les napolitains au début du 20ème siècle. Lily Kangy (Capurro, S. Gambardella, 1905), Nini Tirabuscio (A. Califano, S. Gambardella, 1906) en sont d'amusants exemples. Ces textes mettent en scène la figure de la "sciantose", équivalent napolitain de la chanteuse des Folies Bergère ou du Moulin Rouge. Une même inspiration légère et spirituelle circule dans la chanson Comme facette mammeta (Comment fit ta mère) (G. Capaldo, S. Gambardella, 1906).

Dans le même temps le couple Vincenzo Russo et E. di Capua publieront quelques réalisations remarquables: I' te vurria vasa (Je voudrais t'embrasser, 1900), Maria Mari (1900) et Rosa! che belli rrose. Les textes et musiques de R. Gualdieri et G. Spagnuolo sont également célèbres. Leur chef-d'oeuvre est peut-être Rundinella (l'hirondelle), une très belle et émouvante chanson.

E torna rundinella...torna a stu nido mo ch'è primmavera...
Elle revient l'hirondelle...et retrouve son nid maintenant que voilà le printemps

Enfin, "Core 'ngrato" (Coeur ingrat) (Cardillo, Cordiferro, 1911) fit rapidement le tour du monde grâce à Enrico Caruso qui en fut l'interprète inspiré.

(Suite et fin la semaine prochaine)

  1. http://www.sorrentoradio.com/prova/testinapoli/canzoni.htm






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