samedi 11 octobre 2014

Le Chant Populaire Napolitain

La Tarentelle


3. L'entre-deux guerres.

La première guerre mondiale et ses ravages désastreux ainsi que la crise économique accélère un mouvement déja engagé depuis plusieurs décennies: l'émigration des travailleurs européens et en particulier du sud de l'Italie vers l'Amérique du Nord.

Après 1918 le ton des chants napolitains est souvent sombre. De nombreux chants témoignent de la frustration et de la détresse des émigrés qui pleurent leur patrie perdue. A cartulina 'e Napule (La carte postale, De Luca, Buongiovanni), Lacreme napulitane (larmes napolitaines, Bovio, Buongiovanni, 1925), O paese do sole (Bovio, D'Annibale, 1925) en sont d'émouvants témoignages. Sur un mode plus léger Core furastiero (Coeur étranger, A.Melina, E.A.Mario, 1922) met en scène un "américain" qui revient à Naples en touriste et qui est considéré comme un étranger dans le quartier qui l'a vu naitre. En 1911, a lieu la création de La Fanciulla del West de Giacomo Puccini à New York. Le livret met en scène des chercheurs d'or qui ont tout quitté, pays, famille, pour faire fortune. Au premier acte on entend un chanteur ambulant (cantastorie) qui entonne une mélodie reprise en choeur par les mineurs dont les paroles traduisent bien le désarroi.

Dans un contexte différent mais tout aussi désespéré, l'Urdema tarentella (la dernière tarentelle (3), Bovio, Tagliaferri) étonne par sa violence quasi expressionniste. Quelques années plus tard un auteur compositeur de grand talent E.A. Mario publiera une pléiade de titres de qualité dont la très belle Canzone appassiunata (1922) ainsi que Santa Lucia luntana (1919), un chant d'un intense pouvoir évocateur, véritable hymne des émigrants.

Ajoutons la verve sarcastique de Raffaele Viviani dans Bammenella, une vigoureuse satire des moeurs de l'époque. On ne peut évidemment pas tout citer ici tant cette période est riche, s'il fallait ne retenir que deux titres du grand L. Bovio, alors ce serait Passione (L.Bovio, E.Tagliaferro, N.Valente, 1934) et et l'Addio (L. Bovio, N. Valente).

4. Les temps modernes (de 1945 à nos jours).

La deuxième guerre mondiale et son cortège de malheurs et de destructions entraine des bouleversements dans les mentalités et les modes de vie.

Au début des années 1950 ces changements ne sont pas très apparents, des titres tels que Anema e core (Manlio, D'Esposito, 1950), Reginella (Bovio, Lama), Malafemmena (Antonio de Curtis dit Toto, 1951) gardent un peu de la magie et du lyrisme des chants plus anciens. Par contre, une chanson comme Tammuriata nera, Tammuriata (4) noire (Nicolardi, E.A.Mario, 1945) que l'on pourra entendre dans le film "le Voleur de Bicyclettes" de Vittorio de Sica, étonne par son rythme sauvage.

Quelques années plus tard, une évolution se dessine, l'influence du jazz, l'irruption de rythmes nord- et sud-américains entrainent évidemment d'importants changements dans la partie musicale des chants. Les titres tels que Guaglione (Nisa, Fanciulli, 1956), O Sarracino (Nisa, Carosone) ou Accarezzame (Nisa, Calvi, 1954) vont connaitre un succès international. Guaglione sera popularisé en France dans le domaine de la variété sous le titre italien de Bambino et y connaitra une fortune considérable.

Dans les années 1960, Domenico Modugno signera plusieurs mélodies influencées par le Jazz en langue napolitaine: Strada n'fosa (route mouillée), Resta cu me et surtout Lazarella, une spirituelle création toute frémissante des bruits de Naples. Le même esprit prévaut dans A citta 'e Pulecenella (la ville de Polichinelle), une composition de Claudio Mattone.

Actuellement plusieurs groupes (Neapolis Ensemble, NewPoli, Spakka Neapolis 55), renient le côté quelque peu doucereux ou "bel canto" de la sérénade napolitaine et pronent le retour aux sources en s'appuyant sur des instruments traditionnels et des textes originaux parfois corrosifs et violemment contestataires.

N'ayant ni les compétences, ni le recul pour analyser les tendances actuelles du chant napolitain, je me permets de suggérer de consulter l'article de Secondulfo et Secondulfo (1).

5. Discographie

Elle est évidemment d'une extrême richesse. A mon humble avis, les chants napolitains sont particulièrement émouvants lorsqu'ils sont discrètement accompagnés par une guitare ou de petits ensembles comprenant en plus de la guitare, la mandoline (mandolino), le calascione (instrument à cordes réalisant la basse continue), le tamurro (tambour). Un violon, une flûte, voire un accordéon peuvent agrémenter l'ensemble.  Voici une liste non exhaustive de mes chanteuses et chanteurs préférés.

Mario Maglione, un chanteur exemplaire (belle voix, goût très sûr) qui s'accompagne d'une simple guitare. Son vaste répertoire parcourt tous les styles et toutes les époques.
Stefano Albarello dans le CD "Eco del Vesuvio", chante une des meilleures versions de Era de maggio ou de La luna nova.
Gianni Quintiliani brille par le choix des magnifiques mélodies qu'il interprête.

Il faut également avoir entendu: Mario Merola, bouleversant dans Lacreme napulitane; Angela Luce, étincelante dans Bammenella; Antonio Sorrentino dans 'A tazza 'e café revisite de façon très originale l'ensemble du répertoire; Lina Sastri, une chanteuse très sobre est remarquable dans Tammuriata nera; j'aime beaucoup la voix chaude de Gloriana dans Canta pe me; Roberto Murolo, remarquable d'authenticité dans Pusilleco addiruso . Gianni Lamagna a une voix très prenante et s'accompagne souvent d'une simple guitare. Parmi les groupes, I Cimarosa, gruppo storico, le Neapolis ensemble et Spakka Neapolis 55 qui se produisent fréquemment en France proposent une image dynamique et jeune du folklore partenopéen (5). Enfin l'orchestre baroque l'Arpeggiata dirigé par Cristina Pluhar a exécuté nombre de mélodies napolitaines datant des 17ème et 18ème siècles. Un aperçu en est donné dans le film Tous les Soleils de Philippe Claudel.

(1) http://www.webalice.it/gsecondulfo/CanzoneNapoletana.pdf

(2) http://www.sorrentoradio.com/prova/testinapoli/doc071.htm

(3) Tarentelle: forme musicale typique de l'Italie du sud. Selon la légende la tarentelle était dansée pour se prémunir de la piqure d'une araignée imaginaire, la tarentule. Une tarentelle célèbre figure dans le finale de la symphonie italienne en la majeur de F. Mendelsohn.

(4) Tammuriata: danse de la région de Naples, vigoureusement scandée par un tambour (tammurro).

(5) Partenopea, ville grecque mythique. Sur ses fondations, Neapolis, fut bâtie, puis devint Napoli (Napule en dialecte).

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