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vendredi 6 novembre 2026

Ariane à Naxos à l'ONR

© Klara Beck.  Antoine Foulon, Arwenn Tanguy, James Newby, Eugénie Joneau et Aleksandre Khukhushvili

 


Ariane à Naxos est un bel exemple d’oeuvre permettant de faire découvrir et aimer l’opéra à un(e) néophyte. Comme la Flûte enchantée de Mozart, on peut le lire et l’écouter au premier degré mais aussi lui donner pléthore de significations selon son imagination et sa culture opératique

Quand nait la collaboration entre Richard Strauss (1864-1949) et Hugo von Hofmannstahl (1874-1929), les deux hommes sont fascinés par le 17ème et le 18ème siècle. Le Chevalier à la rose est une magnifique illustration de cet engouement. C’est alors que Hofmannstahl propose à Strauss un livret inspiré du Bourgeois Gentilhomme de Molière. En dépit de vicissitudes variées et bien que le thème sur lequel est construit le livret parût plutôt mince à Strauss, l’opéra est mené à bien et représenté le 4 octobre 1916 à Vienne. 


Après le départ et la mort de Thésée, Ariane se désespère. Malgré les efforts de de ses suivantes Naïade, Dryade et Echo et d’une troupe de la commedia del Arte pour la divertir, sa neurasthénie ne cesse de croitre jusqu’à engendrer des idées de suicide. Quand Bacchus paraît, se produit le miracle appelé plus prosaïquement coup de foudre. Ariane est donc sauvée par l’Amour, elle suit Bacchus dans sa quête d’autres cieux. 


Ce thème du sauvetage n’est pas nouveau, il a été traité par Joseph Haydn en 1780 dans son opérette (sic), l’isola disabitata : deux femmes se croyant abandonnées par leurs amoureux se lamentent sur une île déserte mais leurs époux que l’on croyait assassinés par des pirates, refont surface au dernier moment. Le même compositeur a également écrit en 1790 une cantate poignante : Arianna a Naxos. 


La mise en abîme c’est à dire le théâtre dans le théâtre est la caractéristique première de l'Ariane de Richard Strauss. Le prologue c’est la vraie vie : les derniers instants mouvementés d’une troupe théâtrale avant la représentation d’un opéra traitant du mythe d’Ariane. La mise en abîme et le mélange des genres avaient déjà été exploités avec talent par Antonio Salieri (1750-1825) dans Axur re d’Ormus d’après Beaumarchais où un spectacle, une Arlequinade irrésistible, est inséré dans la trame d’un opéra seria classique.


Le contexte de la création d’Ariane est particulier ; après moult vicissitudes, il est représenté en 1916 à Vienne en pleine guerre. Pourtant aucune mention du conflit mondial n’est détectable dans le livret. Ce mutisme reflète la mentalité de l’époque. Quand éclate la guerre, l’Allemagne regorge de richesses, sa superficie est une des plus vastes de son histoire et son armée est la plus puissante du monde. Dans ces conditions, une défaite est impensable, non envisageable et la censure veille à ce qu’aucun grain de poussière ne vienne gripper une communication de guerre parfaitement huilée. 


© Klara Beck.  Dorottya Lang, Jochen Kupfer

Dans cet opéra Ariane, appelée la prima donna dans le prologue, est bien sûr l’héroine mais le héros c’est le compositeur, un personnage pour lequel Richard Strauss a beaucoup de tendresse car il lui a confié un des plus beaux passages du prologue, en fait un quasi duo d’amour avec Zerbinetta : Was wollen sie in diesem Augenblick ; le compositeur c’est Strauss jeune-homme, c’est la facette jeune et pleine d’idéaux et d’illusions de l’artiste ; c’est un Strauss bien plus expérimenté qui est subtilement décrit dans Une vie de héros, le magnifique poème symphonique composé une quinzaine d’années avant Ariane. 


Le compositeur et la blonde Ariane seraient-ils frère et soeur ?  Tous deux viennent d’un même moule ayant façonné des caractères entiers, rigides, inflexibles, tous d’eux sont à la recherche du grand amour, un amour qui dure toute la vie, tous deux sont hostiles aux aventures amoureuses passagères. A l’opposé il y a Zerbinetta qui partage avec la troupe joyeuse de la comédie italienne, la même conception de la vie : on saisit l’occasion lorsqu’elle se présente. C’est ce que nous enseigne Zerbinetta dans son air mythique : Drum lasset Das Tanzen.  Finalement à l’instigation de la jeune femme, les frontières sont franchies, les interdits levés, des métamorphoses opèrent. Le compositeur est sur le point de nouer une intrigue avec Zerbinetta, Ariane avec Bacchus. C’est bien le message qui resort clairement de la musique et du texte.


© Klara Beck.  Eugénie Joneau et AJ Glueckert

La didascalie dans le livret décrit avec précision les lieux de l’action et ne laisse pas beaucoup de place à la mise en scène et au décor. Myriam Marzouki, metteuse en scène, a cru bon de placer l’action à l’époque de la prise de pouvoir des « colonels » en Grèce en avril 1967. Je n’ai pas été convaincu par cette initiative qui va à l’encontre du projet des auteurs qui visiblement voulaient s’abstraire du contexte politique. Heureusement cette intervention est faite d’une main légère et habile. A l’opposé de ces réserves, nous avons beaucoup apprécié la mise en scène dans son ensemble qui donne un rythme très stimulant et qui apporte une grande clarté au spectacle. Grâce à une excellente direction d’acteurs et malgré le nombre élevé d’intervenants sur scène, le déroulé théâtral ne tombe jamais dans la confusion, les acteurs, chanteurs, danseurs se succèdent avec fluidité et le fil d’Ariane n’est jamais rompu. Beaux décors sobres d’Alex Eales dans le style des années soixante. Costumes assez réussis de Laure Mahéo et une dramaturgie (Sébastien Lepotvin) qui vise avant tout à la clarté.


© Klara Beck.  Julie Roset.

Le rôle titre ayant été chanté par les plus grandes mezzo-sopranos du passé et d’aujourd'hui, il fallait de l’audace pour attribuer le rôle à Eugénie Joneau, une jeune chanteuse ayant été formée à l’Opéra Studio de Strasbourg et dont nous avons suivi les progrès avec beaucoup d’intérêt. Le pari s’avère totalement gagnant car Eugénie Joneau nous a fait une très forte impression. Sa voix est parfaitement projetée et possède un timbre chaleureux. La ligne de chant est harmonieuse avec un legato parfait et une intonation impeccable ; le duo final avec Bacchus tient toutes ses promesses et beaucoup plus encore. 

AJ Glueckert, ténor, est un chanteur expérimenté, spécialiste de Wagner et Richard Strauss, il a aussi chanté les rôles d’Hérode dans Salomé et celui de l’Empereur dans La femme sans ombre.  Il impressionne par sa puissance, sa vaillance rayonnante et un timbre aux splendides couleurs et résonances.

Nous avons adoré la voix fascinante et l’engagement de Dorottya Lang (mezzo-soprano), attributaire du rôle du compositeur auquel la chanteuse hongroise donne une forte personnalité pleine d’ardeur juvénile et de résilience face à l’adversité. Elle chante son grand solo en mi bémol majeur, la tonalité d’Une vie de héros, ce héros dont nous avons souligné la parenté (filiation) avec le compositeur. Elle est pour nous la révélation de la soirée.

Julie Roset (soprano colorature) nous a ébloui dans le rôle de Zerbinetta. Sa lecture des myriades d’ornements qui animent sa ligne de chant nous a paru originale et novatrice. Le timbre cristallin est très séduisant et la performance d’actrice, de très haut niveau. Elle atteint le contre-ré bémol avec grâce.

Jochen Kupfer (baryton-basse) est le maître de musique. C’est un chanteur très réputé qui a couvert les plus grand rôles du répertoire (Don Giovanni, Beckmesser, Eugène Onéguine…). Il mène avec le compositeur, son ancien élève, un duo d’anthologie dans lequel on admire sa belle voix au volume impressionnant.

Naïade (Naïma Wanshe), Dryade (Lucy Evans) et Echo (Jessica Hopkins), toutes trois de l’Opéra Studio, forment un terzetto centré sur la beauté mélodique dont le style évoque celui des Trois Dames dans La flûte enchantée. Chacune de leurs interventions étaient un délice.

La comédie italienne était représentée par quatre chanteurs : James Newby (Arlequin), Aleksandre Khukhushvili (Scaramouche), Antoine Foulon (Truffaldino), Arwen Tanguy (Brighella), les trois derniers issus de l’Opéra Studio. La performance d’ensemble est étourdissante ; James Newby était étincelant de dynamisme et de musicalité.

Lucas Pauchet (ténor) dans le rôle du Maître à danser, Eduard Ferenc Gurban (baryton) dans celui du perruquier et Jiawen Li (baryton-basse) dans celui d’un laquais mettent leurs belles voix au service de réparties souvent drôles et même insolentes. 

Le rôle du majordome est parlé. Nous avons beaucoup aimé l'excellente diction de Christian Heller ainsi que son remarquable talent d'acteur.


© Klara Beck.  Julie Roset sur le divan, Eugénie Joneau dans l'escalier.

Christoph Koncz connait son Wagner et son Richard Strauss du bout des ongles. Sa vision de la partie orchestrale d’Ariane à Naxos nous a semblé originale dans la mesure où il favorise avant tout la beauté voire la rondeur mélodique. Cela se sent au niveau des très nombreux solos de clarinette dont la sensualité rappelle immédiatement le Mozart de Cosi fan tutte. Les deux cors sont constamment à l’ouvrage et nous enchantent par leur beau son. Les cordes sont beaucoup moins divisées que dans les opéras précédents et on peut apprécier de beaux solos d’alto et de violoncelle. A la fin l’Orchestre National de Mulhouse réduit à 36 musiciens joue au complet et on entend pour la première fois un trio céleste formé par les flûtes, le célesta et le piano. Avec cet orchestre, Koncz obtient une amplitude  et une plénitude fascinantes dignes d’un grand orchestre symphonique. Il faut être Richard Strauss pour permettre un tel résultat et Christoph Koncz pour le transmettre si fidèlement.


Encore une très belle soirée passée à l’Opéra National du Rhin.



© Klara Beck.  Dryade, Naïade et Echo à droite. Eugénie Joneau et AJ Glueckert au centre.



Représentation du mercredi 4 novembre 2026

Nouvelle production de l'Opéra National du Rhin

En co-production avec l'Opéra de Dijon





















 




































dimanche 4 octobre 2026

Bomba flamenca - Requiem imaginaire pour Charles Quint

© Ars Essentia/Festival de Beaune.  Simon-Pierre Bestion - La Tempête


Il y a un an exactement Vincent Dumestre donnait au 43ème festival de Beaune : Les Noces Royales de Louis XIV, un spectacle censé évoquer ce moment très important de l’histoire européenne. C’est un évènement non moins important auquel fut convoqué le public en ce vendredi 3 juillet au 44ème festival de Beaune : les obsèques de Charles Quint, une cérémonie imaginée par Simon-Pierre Bestion, le choeur et l’orchestre La Tempête et six solistes.


En 1558, deux ans après s’être retiré du pouvoir et sentant sa fin approcher, Charles Quint (1500-1558), alors reclus au monastère de Yuste, aurait décidé d’organiser la répétition de ses propres funérailles. Ce récit peut-être fantaisiste traduit certainement la piété profonde de l’ex-empereur et sa volonté de se préparer par des prières et des oraisons funèbres à un trépas qu’il sentait proche. Il reflète peut-être aussi un état de dépression résultant de la mort de sa très chère épouse Isabelle du Portugal en 1539 et le décès tout récent de sa mère Jeanne 1ère de Castille en 1555.


Le spectacle auquel nous étions conviés n’était en rien une reconstitution historique des funérailles de l’empereur le plus puissant de son temps. Ce n’était de toutes façons pas possible car on ignore à une exception près, quels furent les chants et les prières exécutées au cours de la messe de Requiem. C’est pluôt le témoignage d’une Espagne à la charnière entre deux époques, celle de la Reconquista, conquête de l’émirat de Grenade par la couronne de Castille qui coincide avec la fin du Moyen-Âge et celle du début de la Renaissance. Simon-Pierre Bestion s’appuyant sur la structure de la messe pour les défunts  a souhaité : « créer une sorte d’immersion spirituelle et émotionnelle dans ce que pouvait être l’environnement musical rêvé à la mort du plus grand empereur de la Renaissance ».


En 1492, les musulmans et les juifs sont chassés ou forcés à l’exil hors d’Espagne. Ne restent que les Morisques et le Marranes, musulmans et juifs respectivement convertis au Christianisme. A noter également qu’à Tolède, a longtemps subsisté un rite chrétien mozarabe (chrétiens de culture arabisée). Toutes ces populations ont laissé des traces importantes dans l’art ibérique et tout particulièrement dans la musique. Certaines sont reconnaissables dans plusieurs chants du programme de ce concert.


© Ars Essentia/Festival de Beaune.  Vadym Makarenko, Simon-Pierre Bestion, Ronaldo Lopes.

Le titre Bomba Flamenca (Bombe flamande) rend compte de la révolution de la musique espagnole au contact de celle des Flandres et des Pays-Bas espagnols.

Congaudeant catholici

Les saqueboutes, les doulcianes et le tambour résonnent puissamment dans la nef de Notre-Dame de Beaune, superbe temple qui nous rappelle que Charles Quint fut duc de Bourgogne sous le nom de Charles II pendant 38 ans. Les voix s’elèvent et chantent une mélodie issue du plain chant datant du 12ème siècle, exemple émouvant de polyphonie à trois voix, une innovation à cette époque. Les sons surgissent des quatre points cardinaux de cet admirable édifice roman

La Guerre, Clément Janequin (1485-1558) ; La Bomba, Mateo Flecha (1481-1553)

Une spectaculaire fanfare des trois cornets à bouquin, des saqueboutes et des autres vents sert de portique à deux choeurs, le premier à peine murmuré et le second éclatant. Ce dernier est une ensalada, un genre typiquement espagnol, une musique polyphonique mélangeant plusieurs styles.

Mille regres, Luys de Narvaez (1500-1555)

Il s’agit d’un duo de harpe (Loris Barrucand) et de théorbe (Pierre Rinderknecht) très joliment interprété.

Messe Mille regretz, Cristobal de Morales (1500-1553)

Cette sublime prière pénitentielle, Kyrie eleison, débute aux deux basses de viole, elle se poursuit avec un choeur puissant dont la polyphonie très dense est richement accompagnée par les cornets, les saqueboutes et les cordes. 

Musae Jovis, Nicolas Gombert (1495-1560)

Ce chant très étrange accompagné par une flûte à bec et les violes de gambe, composé à la mémoire de Josquin Desprez, débute par un solo des ténors Marco Van Baaren et Edouard Monjanel et du  baryton Imanol Iraola, il se poursuit avec la voix très prenante de la contralto Fanny Châtelain.

Nawa Assar

Il s’agit d’une chanson traditionnelle arabo-andalouse initiée par les cordes seules auxquelles se joignent les instruments à vent et la percussion.


© Ars Essentia/Festival de Beaune. Sopranos et altos du choeur La Tempête.

Una sanyosa porfia, Juan del Encina (1448-1529)

Dans cette très belle et troublante chanson populaire espagnole, deux personnages, incarnés par le baryton Imanol Iraola et la mezzo-soprano Axelle Verner, probablement des chrétiens, racontent la chute de Grenade, vue du coté des musulmans ; ils témoignent à tour de rôle de la brutalité des troupes de la Reconquista en train d’écraser et de chasser les Maures, mettant fin à plusieurs siècles de cohabitation. Un des sommets du concert.

Ad Mortem Festinamus (Llibre vermell de Montserrat) XIVème siècle.

Un solo de cornemuse ouvre ce morceau, les tambours et les saqueboutes s’en donnent à coeur joie. Les voix d’homme entonnent un chant très sauvage, sorte de memento Mori qui reprend le thème bien connu de la danse macabre : riches ou pauvres, les damnés iront en enfer quand les trompettes vont sonner le jour dernier.

Mem - Lamentationes Hieremiae prophetae, Thomas Crecquillon (1505-1557).

Le texte biblique pleure la destruction de Jérusalem et de son temple par les Babyloniens, en 586 avant Jésus-Christ. Ce poème magnifique débute avec un choeur de violes, se poursuit avec un choeur vocal à quatre voix mixtes d’une grande puissance émotionnelle renforcé par d’impressionnantes saqueboutes. Un des sommets du concert.

Ir me kero madre a Yerushalaiym

Ce beau chant traditionnel séfarade est écrit en ladino, c’est-à-dire en judéo-espagnol. La phrase El es Senyor de todo el mundo (Il est le Seigneur du monde entier) est traduit dans le programme du concert par « Jérusalem règne sur la terre entière », on se demande pourquoi. Le chant de la soprano Amélie Raison est envoûtant. Elle est ensuite doublée par les autres solistes et le choeur tout entier tandis que le tempo accélère.

Sanctus et Benedictus de la messe de Requiem de Pedro Escobar (1465-1554)

La cérémonie funèbre se poursuit avec des extraits chantés par le choeur d’une Missa pro defunctis de Pedro Escobar, un musicien d’origine portugaise ayant principalement travaillé comme maître de chapelle à Séville. 

Gimel - Lamentationes Hieremiae prophetae, Marbrianus de Orto (1460-1529)

Ces lamentations confiées au choeur sont chantées pianissimo de façon très émouvante en bouches fermées. Elles décrivent la déportation des habitants de Judée lors de l’invasion des Babyloniens. Les voix sont accompagnées par un superbe théorbe.

El  Fuego

Cette ensalada aux accents populaires de Mateo Flecha « El Viejo » est chantée alternativement par des solistes et le choeur ; elle revêt une actualité brûlante puisqu’elle repose sur la métaphore du feu qui envahit tout, qui brûle tout sur son passage et que les hommes pécheurs ne pourront éteindre que s’ils arrêtent leurs transgressions et font pénitence. 

Parce mihi Domine de Cristobal de Morales

Il est le seul morceau dont on est certain qu’il faisait partie de l’office des défunts pour Charles Quint. Tandis que la musique est relativement calme, sereine et apaisée, les paroles très curieuses semblent refléter une profonde inquiétude. « Qui suis-je pour que Dieu s’intéresse à moi ? Me pardonnera-t-il toutes mes transgressions et mes iniquités » ?

Agnus Dei  

Cette admirable conclusion très douce et recueillie de la messe de Requiem de Pedro Escobar est chantée avec ferveur par l’admirable choeur La Tempête.

Magnificat d’Antonio de Cabezon (1510-1566)

La prière de la Vierge Marie conclut ainsi cette cérémonie religieuse fantasmée sur un message d’espérance. Le cantique marial est volontaire et énergique : la soprano Amélie Raison entonne le premier verset. Les autres versets consistent en une alternance entre les instruments (les violons, les doulcianes puis les cornets avec des virtuoses à chaque pupitre) et le chant. L’effectif vocal devient plus important notamment sur les mots Deposuit potentes de sede (Il renverse les puissants de leur trône). Un puissant choeur instrumental (les cuivres, les cornets au complet et le tambour) et vocal remplace l’habituelle doxologie finale : Gloria Patri et filio et Spiritus Sanctus du Magnificat par un retour de l’émouvant introït de la messe de Requiem de Pierre de Manchicourt (1510-1564) comme c’est souvent le cas dans ce genre de célébration. Fin impressionnante, toutes forces déployées.


Nous avons assisté à un déferlement de musique admirable pendant près de deux heures. Au delà de la diversité des genres et des styles dérivant parfois vers l’éclectisme, se dégageait l’unité profonde d’une époque exceptionnelle où l’humanisme et la foi la plus ardente souvent se côtoyaient, parfois se mariaient et, hélas, souvent s’affrontaient. Bravo aux merveilleux instrumentistes, choristes, et solistes et à leur formidable chef Simon-Pierre Bestion dont l’imagination et la créativité ont mis sur pied ce concert infiniment profond et original. 




Lieu : Basilique Notre-Dame de Beaune. 44ème festival international d’opéra baroque de Beaune.

Programme

Bomba Flamenca : Requiem imaginaire pour Charles Quint

Maître Albert de Paris (?-1177), « Congaudeant catholici » Codex Calixtinus (XIIème siècle)

Clément Janequin (1485-1558). La Guerre (extrait)

Mateo Flecha « El Viejo » (1481-1553). La Bomba

Pierre de Menchicourt (1510-1564). Introit - Requiem

Luys de Narvaez (1500-1555). « Mille regres » - El tercero libro del Delphin de musica.

Cristobal de Morales (1500-1553). « Kyrie eleison » - Missa Mille regretz.

Nicolas Gombert (1495-1560). Musae Jovis (in memoriam Josquin Desprez)

Anonyme. Nawa Assar - Muvash’shah (Chanson traditionnelle arabo-andalouse, chanson d’amour

Juan del Encina (v1468-1529). « Una sanosa porfia » - Cancionero de Palacio.

Anonyme XIVème siècle. Ad mortem festinamus - Llibre vermell de Montserrat.

Thomas Crecquillon (v1505-1557). « Mem - Lamentationes Hieremiae prophetae »

Anonyme XVème siècle. Alleluia - Videant pauperes (chant chrétien mozarabe)

Anonyme. Tarakto bèbè rajè (chant traditionnel de Samaa marocain).

Anonyme. Démarche ondulante - Epris d’une gazelle (chanson traditionnelle arabo-andalouse)

Anonyme. Ir me kero madre a Yerushalaym (chant traditionnel sépharade)

Anonyme XIIème siècle. « Dum esset salvator in monte » - Codex Calixtinus.

Pedro de Escobar (v.1465-1554). Sanctus et Benedictus - Requiem.

Marbrianus de Orto (v1460-1529). « Gimel - Lamentationes Hieremiae prophetae »

Anonyme XIIIème siècle. « Tod’aquel que pola Virgen » - Cantigas de Santa Maria.

Mateo Flecha « El Viejo ». El Fuego

Cristobal de Morales. « Parce mihi, Domine » L’Oflicium defunctorum, requiem pour Charles Quint.

Pedro de Escobar. Agnus Dei - Requiem.

Antonio de Cabezon (1510-1566). Magnificat - Fabordone y glosas del primer tono llano.

Interprètes/Chanteurs

Amélie Raison, Soprano

Axelle Verner, Mezzo-soprano

Fanny Chatelain, Contralto

Edouard Monjanel et Marco Van Baaren, ténors

Imanol Iraola, Basse

Marianne Pelcerf, Création lumières

Sebian Falk, régie lumières

Florian Delattre, Régie générale

La Tempête, choeur et orchestre

Simon-Pierre Bestion, Conception, arrangements, mise en espace et direction


Choeur

Annabelle Bayer, Alice Kamenezky, Véronique Housseau, Sopranos

Cécile Blanquey, Thibaut Jacmin, Altos

Richard Golian, Vivien Simon, Ténors

Eudes Peyre, Arthur Cady, Jean-Christophe Brizard, Basses


Orchestre

Vadym Makarenko, Camille Aubret, Violons

Julie Dessaint, Robin Pharo, Basse de viole

Adrien Alix, Contrebasse

Lucile Tessier, Marie Lerbret, Anaïs Ramage, Doulciane et flûtes à bec

Xavier Marquis, Doulciane, duduk et clarinette

Benoît Teinturier, Solène Riot, Abel Rohrbach, Cornet à bouquin et cornemuse

Nicolas Vazquez, Olivier Dubois, Pierre Rinderknecht, Sacqueboute

Ronaldo Lopes, Bérengère Sardin, Théorbe et guitare Renaissance

Loris Berrucand, Harpe triple

Michèle Claude, Orgue