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mardi 28 février 2017

Nina ou La folle par amour

Nina o sia La Pazza per Amore
Revenu à Naples en 1784 après un séjour de près de dix ans à Saint Petersbourg au service de la tsarine Catherine II, Giovanni Paisiello arrête de composer des opéras bouffes et se lance dans un genre plus sérieux. C'est ainsi qu'il écrit Il Re Teodoro in Venezia, Dramma eroi-comico, un opéra qui mélange de façon habile le comique et le dramatique et dont la conclusion est très sombre (1). Avec La Molinara (1788), Paisiello compose un dramma giocoso qui mélange hardiment une virulente crtique sociale et le sentiment (2). L'année suivante , il élabore un dramma giocoso très différent du précédent, Nina o sia la pazza per amore (Nina ou bien la folle par amour). Ce dernier opéra est écrit sur un livret de Benoit-Joseph Marsoillier des Vivetières, mis en musique trois ans auparavant par Nicolas Dalayrac avec le même titre. Le livret français fut traduit en italien par Giuseppe Carpani et adapté par Giovanni Battista Lorenzi. Très différent de ce que le public avait l'habitude d'entendre jusque là, le livret relate une intrigue familiale dont le sujet principal est la folie. Créé au Belvédère de San Leucio, en présence de la reine Marie-Caroline, épouse de Ferdinand IV, roi de Naples, le 25 juin 1789, Nina connut immédiatement un triomphe et fut représenté dans toutes les capitales européènnes. Son succès ne se démentit pas pendant une partie du 19ème siècle.

San Leucio  Palazzo del Belvedere

Nina est promise à Lindoro et son amour pour le jeune homme est payé de retour. Tout serait parfait si un parti plus avantageux ne s'était pas manifesté, parti qui a la préférence du Comte, père de Nina. Désespéré Lindoro part et le bruit de sa mort après un duel se répand et arrive aux oreilles de la famille. Nina devient folle de chagrin, folie qui se manifeste par une amnésie et des crises d'abattement ou d'exaltation maladives. Au début de l'opéra, le comte, ses serviteurs, Giorgo et Suzanna et les paysans du domaine déplorent le triste sort de Nina et emettent des doutes sur sa guérison. Mais Lindoro n'était pas mort, il refait surface et la famille fait en sorte que Nina n'éprouve pas un choc trop violent en le revoyant. Lindoro prend contact avec Nina et l'apprivoise doucement. Nina semble guérie et l'union des deux jeunes gens peut se réaliser dans la joie générale.

Louise Rosalie Dugazon, interprète de la Nina de Dalayrac, par Antoine Vestier

Voilà un opéra très original dont le sujet et le style sont remarquablement nouveaux. Le genre larmoyant avait déjà été traité en partie par Nicola Piccinni dans son fameux opéra La Cecchina ou La buona figliola (1760) et était très populaire dans le théâtre français classique du dix septième jusqu'à la fin du dix huitième siècle (3). Le thème de la folie est par contre très original. Certes il y a dans Platée de Jean Philippe Rameau, une figure allégorique, la Folie, qui chante un air célébrissime mais, sommes toutes, plutôt marginal. Ce thème de la folie avait été exploité par Domenico Cimarosa dans Armida immaginaria, un opéra déjanté (1778) dont l'intrigue se situe dans ce que nous appellerions maintenant un hôpital psychiatrique. Toutefois le traitement burlesque gommait toute réflexion sur la folie et empêchait qu'on prenne au sérieux les divagations du rôle titre. Dans Nina, par contre, Paisiello fait office de novateur en décrivant avec attention le comportement de la jeune fille dont les symptômes pourraient correspondre à ce que nous appellerions de nos jours un trouble bipolaire.

Mais ce n'est pas seulement le sujet qui est original, la musique est passionnante. L'inspiration du compositeur est particulièrement heureuse car il compose une musique qui ne ressemble à personne et qui est très différente de celle de Mozart qui en 1789, avait mis en chantier Cosi fan tutte. Il suffit d'écouter le prélude instrumental qui ouvre le récitatif accompagné, suivi par l'air de la folie : Il mio ben quando verrà...(mon cher amour, quand il reviendra...) pour se sentir transporté dans un monde nouveau, celui du drame romantique italien. Vincenzo Bellini déclara même en 1834 que Nina avait été pour lui une source d'inspiration pour La Somnambule et Les Puritains (4). Je trouve très remarquable aussi l'unité stylistique de la musique, on reste tout au long dans la même ambiance et avec le même son. Le secret de Paisiello : simplicité:de la mélodie et de l'harmonie, très peu de virtuosité, beaucoup de sentiment dans les phrasés et dans la ligne de chant et une orchestration voluptueuse. Dans cet ensemble, Paisiello intercale le chant d'un berger simplement accompagné de la zampogna, la cornemuse italienne et on imagine facilement que ce berger est descendu des Abbruzzes toutes proches pour venir distraire Nina. Hector Berlioz, dans ses mémoires issus de son séjour à Rome, a fait une saisissante description de ces zampognari (joueurs de cornemuse)  (5). Plus tard, il intitule le troisième mouvement de Harold en Italie : Sérénade d'un montagnard des Abruzzes. Cette irruption du folklore, fréquente par la suite dans l'opéra italien, annonce de près le chant du berger composé par Giacomo Puccini au troisième acte de Tosca. Ajoutons à cela de très beaux choeurs simples mais très efficaces et l'écoute de cet opéra devient un vrai délice.

Avant de sélectionner les plus beaux passages, une remarque, la version originale de l'opéra comporte un seul acte et des dialogues parlés. Des modifications importantes furent apportées lors de la création de l'opéra en 1790 à Vienne, en particulier Joseph Weigl ajouta sept airs d'insertion de son cru. Cherubini en 1791 adapta les récitatifs pour le public Parisien et ajouta un air supplémentaire. Des récitatifs secs furent ajoutés lors des représentations à Parme en 1794 (4) et l'opéra fut divisé en deux actes, structure généralement adoptée aujourd'hui. 

La sinfonia nous plonge dans l'ambiance. Ici pas d'architecture rigoureuse ni de développements contrapuntiques comme chez Haydn ou Mozart, mais une succession de thèmes plus spirituels et aériens les uns que les autres avec une participation majoritaire des bois et des cors. La tonalité de si bémol majeur participe à la douceur de la sonorité et convient merveilleusement bien à celle de la clarinette. Parmi les thèmes, on en remarque un, un peu dissonant qui ressemble beaucoup à un passage du premier mouvement de la symphonie n° 71 en si bémol majeur de Joseph Haydn.

Récitatif et air de Nina : Il mio ben quando verrà...Sommet émotionnel de l'opéra, cet air devint rapidement un tube...Comment ne pas être ému par cette ligne de chant déjà romantique ! On l'appelle souvent air de la folie car Nina passe continuellement du désespoir à une grande exaltation...

Il canto del pastore (le chant du berger), Gia il sol si cala dietro alla montagna...
Accompagné d'une simple cornemuse, ce chant semble surgir du fond des âges. C'est un des passages les plus fascinants de l'opéra.

Quartetto : Come, Ohimé, Partir degg'io...Nina est à ses divagations et Giorgo, Suzanna et le comte tentent de la calmer. Ensemble très émouvant avec une partie centrale dans le mode mineur particulièrement touchante, merveilleusement accompagnée par le hautbois, la clarinette et le basson.

Aria di Lindoro, Rendila al fide amante...Air parfaitement écrit pour une voix de ténor où ce dernier peut utiliser un confortable medium pour manifester son amour pour Nina. La fin de l'air est beaucoup plus agitée et le chanteur peut faire valoir sa passion avec de beaux aigus.

Aria de Nina avec choeur de paysans et de paysannes. Cantiam, Nina, cantiamo...Scène pastorale adorable comme Paisiello sait si bien les décrire. L'écriture chorale est simple mais cela sonne admirablement.

Finale, quintetto (Nina, Lindoro, Giorgio, Suzanna, Conte) avec choeur, Mi sento, Oh Dio!. Magnifique ensemble d'une durée de 16 minutes dans un tempo très modéré. Avec précaution Lindoro apprivoise Nina,et finit par l'appeler son épouse. Nina n'arrive pas à croire à son bonheur. La musique suave reflète la douceur de l'instant. Elle se fait plus grave quand le choeur prononce les paroles : Sperate, afflitti amanti..., (Espérez, amants affligés). Cette conclusion mélancolique sans aucun doute pourrait donner à penser que la guérison de Nina n'est pas assurée. Les dernières mesures jouées par l'orchestre sont empreintes de simplicité et de poésie et me font penser à la conclusion orchestrale du Chevalier à la Rose de Richard Strauss.

Les enregistrements de Nina sont peu nombreux mais de qualité exceptionnelle. J'en ai sélectionné deux :
Un CD admirable à tous points de vue, la référence absolue, publié par le label ARTS en 1992
Hans Ludwig Hirsch à la tête du Hungarian Chamber Chorus et du Concentus Hungaricus

Jeannne Marie Bima dans le rôle titre,
William Matteuzzi,le berger et Lindoro,
Alfonso Antoniozzi, Giorgio,
Gloria Banditelli, Suzanna,
Natale di Carolis, Le comte.



Un DVD, publié en 2002 par ARTHAUS.
Adam Fischer, Choeur et orchestre du Zurich Opernhaus
Cesare Lievi, mise en scène

Cecilia Bartoli, Nina
Jonas Kaufmann, le berger, Lindoro
Lazlo Polgàr, Le comte
Juliette Arstian, Suzanna
Angelo Veccia, Giorgio

Jonas Kaufmann était un jeune chanteur peu connu en 2002. C'est passionnant de le voir et l'entendre à ses débuts. Quelle voix et quelle présence ! On reconnaît déjà ses mimiques et ses tournures vocales ! Il donne à Lindoro une grandeur et un côté héroïque qui n'est pas vraiment dans le livret mais qui élève sans doute la portée de l'oeuvre.
Cecilia Bartoli délivre une interprétation quasi clinique de la folie. A la fin du quartetto au milieu de l'opéra, elle tombe par terre et simule une crise de convulsions très réaliste. A la fin de l'opéra au milieu des réjouissances générales, elle tombe de nouveau et s'évanouit. Cette interprétation déborde nettement du cadre du livret et signifie avec clarté que Nina est épouvantée par l'état de sa santé mentale.
Lazlo Polgàr est un comte phénoménal avec une voix magnifique et une grande prestance!

A noter la présence dans cette version d'un air de concert de Mozart composé en 1777, Ah ! Lo previdi...Cet air de Mozart est certes magnifique mais détonne complètement, à mon avis, dans le contexte. Il est stylistiquement étranger à l'oeuvre car composé douze ans auparavant dans un style proche de l'opéra seria. Son côté sophistiqué et virtuose est très différent de la simplicité et l'ingénuité de la plupart des airs du compositeur natif des Pouilles.

  1. https://www.cairn.info/revue-litteratures-classiques1-2007-1-page-5.htm
  2. Danilo Prefumo, Notice de Nina o sia La pazza per amore, ARTS, 1992 
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Zampogna

mercredi 23 septembre 2015

Il Re Teodoro in Venezia de Paisiello

Il Re Teodoro in Venezia (Le Roi Théodore à Venise) fut composé en 1784 suite à une commande de l'Empereur Joseph II faite à l'abbé Giovanni Battista Casti (1724-1803) pour le livret et à Giovanni Paisiello (1740-1816) pour la musique. L'opéra, représenté à Vienne au Burgtheater le 23 août 1784, eut un grand succès avec pas moins de 60 représentations en sept ans. Wolfgang Mozart assista à l'une d'entre elles en 1784 et tomba gravement malade, victime d'un refroidissement. Marc Vignal rapporte que, selon certains documents, Joseph Haydn travaillait à la révision et au montage d' Il Re Teodoro in Venezia, en vue d'une représentation au théâtre d'Eszterhazà, labeur interrompu par la mort de Nicolas le Magnifique en septembre 1790.

L'entrée de l'Arsenal de Venise par Canaletto, 1732

Le contexte musical
Quand il entreprit la composition de cette œuvre, Paisiello, âgé de 44 ans, venait de quitter la Russie où il avait séjourné de 1776 à 1783 au service de Sa Majesté l'Impératrice Catherine II. Très actif à Saint Petersbourg, Paisiello y avait composé des œuvres remarquables : Gli Astrologi imaginari (1779), La serva padrona (1781), Il Mondo della Luna (1782) et surtout Il Barbiere di Sevilla en 1782. Cette dernière oeuvre avait obtenu un succès international et avait marqué les esprits notamment Wolfgang Mozart qui s'en inspira notablement dans ses Noces de Figaro (1786). Fort de ce succès, Paisiello voulut frapper un grand coup en composant Il Re Teodoro, une œuvre très ambitieuse par ses dimensions : avec trois heures de musique, c'est l'opéra le plus long de Paisiello, à ma connaissance. Appelé dramma eroicomico, une appellation assez rarement utilisée, il se démarque passablement de ses œuvres antérieures en combinant très habilement des éléments comiques et dramatiques, et par ses deux grandioses fins d'acte. Ces deux finales sont beaucoup plus développéIl barbiere di Sevilla, Sarti, s que ceux de ses opéras précédents. Il ne s'agit pas d'une innovation du compositeur napolitain, d'autres avaient déjà procédé ainsi notamment Giuseppe Haydn en 1780 dans son magnifique opéra La Fedelta Premiata. Comme à son habitude, Haydn avait innové en composant des finales d'actes comportant jusqu'à dix numéros enchaînés dont les rapports tonaux subtils et hardis soulignaient avec force les péripéties dramatiques (1). Il est peu probable que Paisiello ait connu La Fedelta Premiata avant de composer Il Re Teodoro car l'opéra de Haydn, victime de sa diffusion confidentielle à Eszterhàza en 1781 (2), ne fut donné au Kärntnertortheater de Vienne que le 5 novembre 1784 et en langue allemande par dessus le marché, donc après la première de l'opéra de Paisiello le 23 août 1784. Par contre il est possible que Paisiello ait connu Fra i due litiganti il terzo gode, opéra de Giuseppe Sarti représenté au Burgtheater en 1783 avec succès qui possède également des finales d'actes très développés (3).

Le livret
Teodoro s'est autoproclamé roi de Corse; criblé de dettes, il s'enfuit et se réfugie à Venise incognito, accompagné par son ministre Gafforio. Dans la locanda de Taddeo, il tombe amoureux de la jolie Lisetta, fille de l'aubergiste. Pour subsister et tenir son rang, il se livre avec Gafforio à de minables manoeuvres frauduleuses. Sa situation de roi est finalement révélée et le crédule Taddéo, impressionné, est prêt à lui donner Lisetta. Cette dernière, croyant que son fiancé Sandrino la trompe avec Belisa, soeur de Teodoro, accepte la main du prétendu roi. Lorsque la table est mise en vue des noces, le chef de la police vient arrêter l'aventurier après avoir déployé le catalogue de ses dettes. Teodoro est incarcéré et la compagnie défile devant sa cellule pour le consoler.

Ce bref résumé ne peut rendre compte de l'intérêt de ce livret: spirituel, amusant, parfois grave et même dramatique à la fin. Une critique parfois acerbe des moeurs économiques, financières et morales du temps y est omniprésente (4). Les éléments bouffes sont harmonieusement intégrés aux aspects plus sérieux. Il n'est pas question ici de distinction entre personnages bouffes et d'autres sérieux, car en fait chaque personnage adapte constamment son caractère et son comportement aux péripéties. La personnalité complexe de Teodoro domine celle des autres protagonistes; la moralité de l'aventurier est certes douteuse, mais son amour pour Lisetta est sincère et il souffre des indélicatesses qu'il est bien obligé de commettre. A la fin il tombe dans une demi-neurasthénie. Sa condamnation et son emprisonnement sont une délivrance et son ultime intervention a même une certaine grandeur.

La musique
Sur ce livret, Paisiello écrit une musique atypique, en nette rupture avec ses oeuvres précédentes. Dans son remarquable Socrate Immaginario (1775) et son Barbier de Séville (1782), pour ne citer qu'eux, les contrastes étaient vifs, de brillants morceaux de bravoure foisonnaient, au prix parfois d'une touche de vulgarité. Rien de pareil ici, il y a certes moins de contrastes mais plus de rigueur, plus de retenue, une caractérisation plus poussée et nuancée des personnages et surtout une plus grande unité qui, à mon avis, font de cette oeuvre (avec Nina ossia la pazza per Amore) un des plus parfaits chefs-d'oeuvre de Paisiello. La musique est certes moins hardie que celle de Giuseppe Haydn ou Wolfgang Mozart à la même époque. En effet la musique de Paisiello module peu et reste souvent confinée dans un confortable mode majeur mais le don mélodique généreux du napolitain compense largement cette relative pauvreté harmonique. L'orchestre est très fourni avec les bois au complet par deux, deux trompettes, deux cors et timbales s'ajoutant aux cordes; c'est celui des dernières symphonies de Mozart et de Haydn et Paisiello en use avec beaucoup d'habilité.


Les sommets
Les trois airs de Teodoro
Le personnage de Teodoro est omni-présent et domine la distribution, il a au moins trois airs magnifiques à son actif, plus sa participation dans les ensembles. Tous les airs de Teodoro sont des sommets dramatiques de l'opéra:
-le très beau récitatif et l'air de la scène 3 de l'acte I: Io re sono e sono amante... avec ses acerbes dissonances sur ma la solita paura....
-le terrible songe de Teodoro , scène 11 : Non era ancora...qui utilise un motif ternaire déjà pratiqué par Gluck dans les scènes infernales d'Orfeo ed Euridice ou Paisiello lui-même dans des scènes analogues de Socrate immaginario.
-l'aria di disperazione de la prison, scène 19 : "Questo squaloso soggiorno...".
Les finales des actes I et II.
Paisiello concentre l'intérêt dramatique de l'opéra dans deux grands ensembles de 17 et 26 minutes pour les actes I et II respectivement.
-Le finale de l'acte I met en scène tous les protagonistes, c'est un feu d'artifice de vie, d'invention, assorti d'une orchestration très délicate. Comme souvent chez Paisiello, une formule rythmique aux violons est répétée jusqu'à l'obsession pendant la plus grande partie de ce finale. L'immense crescendo sur les paroles "Che sussurro! Che bisbiglio..." est impressionnant de puissance et fait penser irrésistiblement aux effets de Gioachino Rossini.
-Le finale du 2ème acte ne le cède en rien au précédent. La scène ultime ,dans laquelle l'orchestre intervient avec puissance, est particulièrement dramatique lorsque Teodoro avec dignité ordonne à ses compagnons de le laisser méditer dans sa cellule: In pace lasciatemi. Udir non vo piu.
L'oeuvre se termine par un choeur qui tire la morale de l'histoire: Come una ruota è il mondo....Le monde est comme une roue....Ceux qui étaient au sommet, se retrouvent en bas quand la roue tourne et vice versa. Ce choeur splendide étonne par sa densité polyphonique digne d'un madrigal de la Renaissance et termine en apothéose cet étonnant opéra.

Le théâtre San Carlo de Naples où furent créés plusieurs opéras de Giovanni Paisiello

Après cette réussite éclatante, Giovanni Paisiello quittera rapidement Vienne pour prendre le chemin de Naples où il composera de nombreux chefs-d'oeuvre dont La Molinara (1788) et Nina (1789). Les temps deviennent plus troublés avec une révolution, l'exil du roi de Naples Ferdinand IV et la création de l'éphémère République Parthénopéenne. Invité par Napoléon Bonaparte, Paisiello séjournera à Paris de 1802 à 1804, le temps d'écrire une tragédie lyrique Proserpine. De retour à Naples, il tombe en disgrâce avec le retour de Ferdinand IV au début de 1816 qui ne lui pardonne point son soutien à la défunte république et à Napoléon Bonaparte, mais son étoile avait déjà commencé à pâlir bien avant, tandis que celle de Gioachino Rossini s'apprêtait à rayonner. Il mourra en 1816 dans la pauvreté (5).

La musique de Giovanni Paisiello a une couleur bien spécifique. Ses tournures mélodiques sont très personnelles. Il ne faut pas chercher dans sa musique des influences mozartiennes car il n'y en a probablement pas dans ses oeuvres composées avant la création des Noces de Figaro de Mozart en 1786. Paisiello était en effet déjà célèbre en Europe alors que le salzbourgeois était quasiment inconnu en Italie et même dans son pays. Par contre Mozart a sans doute été influencé par Paisiello, son quatuor en la majeur avec flûte K 298 utilise en effet une mélodie de Paisiello pour Le Gare generose, un opéra datant de 1786. La parenté existant entre les Noces de Mozart (1786) et Le Barbier de Séville de Paisiello (1782) est évidente pour les oreilles les moins exercées. Cela dit les deux grands artistes sont profondément différents et ne poursuivaient pas les mêmes objectifs.

Discographie
Elle est exsangue avec deux enregistrements.
Un spectacle live, produit par le Théâtre La Fenice, monté par le Théâtre de Ludwischaffen et le Festival de Dresde a été publié en 1998 par le label Mondo Musica. Le rôle titre est tenu par André Cognet dont la voix noble, un peu rocailleuse donne au personnage de Teodoro une grande présence. Stuart Kale interprète remarquablement le courtisan Gafforio.Très bonne direction musicale de Isaac Karabtchevsky. On peut écouter intégralement cet enregistrement désormais introuvable sur You Tube.
Un enregistrement datant de 1962 par I Virtuosi di Roma et Sesto Bruscantini dans le rôle titre, handicapé par de nombreuses coupures et sa prise de son, est encore disponible.
Cette situation frise le scandale ! Va-t-on enregistrer encore un millième médiocre Don Giovanni ? On a pratiquement tout dit sur ce dernier et peut-être plus que nécessaire. Vraiment Il Re Teodoro in Venezia qui a fait l'objet d'une édition critique par Michael Robinson, offre des situations scéniques et dramatiques passionnantes et mériterait le détour.


  1. H.C. Robbins Landon, Mozart en son Âge d'Or, Fayard, 1996, pp.196-199.
  2. Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard, 1988.
  3. Ronald J. Rabin, in Opera buffa in Mozart's Vienna, Edited by Mary Hunter and James Webster, Cambridge University Press, 1997, p.238.
  4. Notice de l'enregistrement de Il Re Teodoro in Venezia, Teatro La Fenice, 1998 Mondo Musica.
  5. http://www.larchivio.org/xoom/paisiello.htm Il est difficile de trouver une biographie sérieuse de Giovanni Paisiello. Les ouvrages du spécialiste Michael Robinson sont introuvables. L'article cité, en italien, donne des informations intéressantes mais aucune référence bibliographique..